Les Rois qui ont fait la France - Louis XVI by Bordonove Georges

Les Rois qui ont fait la France - Louis XVI by Bordonove Georges

Author:Bordonove,Georges [Bordonove,Georges]
Language: eng
Format: epub
Tags: histoire
Publisher: Pygmalion
Published: 2014-12-14T23:00:00+00:00


XVII

Le beau Fersen

Le 18 mars 1787, le chancelier Kaunitz écrivait à Mercy : « Si elle était reine ailleurs qu'en France, vraisemblablement, comme on fait en tout autre lieu et dans toute autre espèce de gouvernement, on ne lui permettrait aucune ingérence dans les affaires, ni pour le dehors ni pour le dedans, et elle serait nulle par conséquent dans toute l'étendue du terme. Supposons pour un moment que ce soit de même en France, et moyennant cela ne comptons jamais sur rien de sa part, et contentons-nous d'en tirer comme d'un mauvais payeur tout ce que nous pouvons. »

À quoi Mercy répondit : « La saine raison n'admet point de répliques aux remarques de Votre Altesse sur la reine ; il faudra bien que je m'habitue à voir qu'elle pourrait effectuer les plus grandes choses ; qu'elle n'en effectue que de très minces, et qu'enfin il n'y a de ressource que dans le plus ou moins de parti à en tirer selon les hasards et les occasions. »

C'est que Marie-Antoinette avait grandement déçu les espérances du chancelier et de l'ambassadeur. Le choix du successeur de Vergennes les avait fort préoccupés. Ils proposaient Saint-Priest, ancien ambassadeur de France à Constantinople, qui leur semblait favorable aux intérêts autrichiens. La reine avait répondu à Mercy qu'elle estimait anormal que la Cour de Vienne prétendît choisir les ministres français. L'idée perçait en elle qu'elle était la femme du roi de France et la mère du dauphin. Louis XVI avait écarté la candidature suspecte de Saint-Priest, et nommé Montmorin.

En quoi le choix du ministre français des Affaires étrangères importait-il tant à Joseph II ? C'est que l'Europe s'agitait à nouveau. Lui-même avait resserré son alliance avec la Russie. Il s'était rendu en Crimée pour y rencontrer la tsarine. Le démembrement de la Turquie s'annonçait comme probable. La France offrit ses bons offices et, en digne successeur de Vergennes, Montmorin sut éviter la guerre. Mais Pitt, le Premier anglais, mettant à profit nos difficultés intérieures et nos embarras financiers, s'efforça de nous enlever le rôle d'arbitre. Il encouragea le Divan à déclarer la guerre à la Russie et Gustave III à reconquérir les districts finlandais naguère dérobés à la Suède. En Hollande, le vieux parti républicain, ou plutôt l'oligarchie marchande, nous restait attaché. Pitt soutint les prétentions du stathouder Guillaume V, beau-frère du roi de Prusse. Montmorin proposa la formation d'un camp de vingt mille hommes pour rassurer les Hollandais. Mais, Brienne, redoutant un conflit, rapporta cette mesure, et, dès lors, Pitt eut le champ libre. En septembre 1787, vingt mille Prussiens, sous les ordres du prince de Brunswick, envahirent les Provinces-Unies. Le stathouder rentra en triomphateur à La Haye et les chefs du parti républicain durent se réfugier en France. Nous avions perdu la face. On nous accusa de déloyauté et de faiblesse. Une guerre générale avait été évitée, mais notre prestige était plus qu'entamé. Joseph II put écrire, cruellement : « La France est tombée, je doute qu'elle se relève. » Seule l'Angleterre



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